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"Un univers peuplé de personnages aux formes torturées, voici ce que nous propose Treize à travers ses créations. Entre l'étrange et le fantastique chacune de ses fresques nous conte les histoires phantasmagoriques d'un monde où même l'effrayant peut être touchant. Si vous ne connaissez pas encore Treize, il est temps de rattraper cela..."
entretiens avec Treize
par Mickaël
- Quelle est ta formation initiale?
Après l'obtention du bac en 2003, j'ai suivi une formation en cinéma d'animation 3d et effets spéciaux à l'ESMA de Montpellier durant 3 ans.
- Design, peinture, dessin…Tu as dû explorer ses domaines au préalable…
Effectivement, j'ai pris des cours de dessin et d'art plastique avant d'intégrer cette école et cet apprentissage s'est poursuivi là bas. Il s'agissait notamment d'une part importante de la formation à l'ESMA. Il est primordial, selon moi, d'étudier ces procédés graphiques traditionnels avant de s'orienter vers la création numérique. Je continue d'ailleurs à dessiner quotidiennement.
- Comment aujourd’hui travailles-tu et quels sont les logiciels que tu utilises pour créer ?
Lorsqu'une idée me vient, je commence par la transposer sous forme de croquis et de notes. Ces dessins me permettent de définir au mieux la composition de mon image, mon cadrage... La recherche papier m'est indispensable. Il s'agit d'une phase de pré-production, exactement comme pour le cinéma, cette étape permet de préparer au mieux le travail numérique.
Lorsque j'obtiens ce que je souhaite, je photographie et je scanne tous les éléments nécessaires à la réalisation de mon illustration. Lorsque j'ai réuni tout ce patchwork d'images, je peux commencer à travailler avec Photoshop. J'assemble, je déforme, je modèle, jusqu'à obtenir le visuel final.
J'utilise d'autres outils tels que Maya et Zbrush (soft 3D) ou encore Fusion (post production, compositing). Ils interviennent lorsque je travaille pour un studio, dans le domaine de l'animation et des effets spéciaux, mais je ne les emploie que rarement dans mes illustrations personnelles. Néanmoins je prépare actuellement des projets vidéo et expérimentations nécessitant l'emploi de ces logiciels. Si tout se passe comme je le souhaite, je présenterai ces projets prochainement, mon univers ne se limitera donc plus à l'image fixe.
- Qu’est ce que t’apportes l’utilisation de l’ordinateur dans tes créations ?
Photoshop est un outil fantastique qui permet de tordre la réalité à volonté avec pour seule limite l'imagination du graphiste. Partir d'une base réelle photographique, la déformer, la façonner pour lui donner ma propre vision du monde, voilà mon objectif. L'outil informatique me semble indispensable pour atteindre ce but.

- Pour certaines de ces réalisations, n’auraient-elles pas le même impact si elles étaient faites de manière classique ?
Mon travail consiste à déformer le vrai. Je collecte dans un premier temps les éléments concrets, les éléments réels, grâce à la photographie, et je transforme ensuite cette réalité pour y intégrer mon identité. Supprimer l'étape de transformation ferait perdre tout sens à mon travail selon moi. Toutefois, il s'agit de ma démarche actuelle, rien n'est figé.
- Tes personnages sont torturés et déformés. Y-a-t’il une raison particulière ?
Il y a une raison en effet, je tente de retranscrire visuellement les sentiments humains par le biais de ces personnages. Les déformations sont des traductions imagées d'états tels que la haine, la folie, le désespoir, la solitude... ces choses qui n'ont pas de représentations visuelles propres. Chaque personnage est le modelage d'un de ces sentiments, une traduction visuelle et physique d'un état mental. Ces corps torturés ont une vocation symbolique et une portée globale, non individuelle. Ils sont la représentation des tares, du grotesque, du fragile de l'Homme.
- Tu as de même gardé une certaine forme esthétique à l’ensemble de tes pièces. Quel est l’effet recherché ?
J'essaie de faire en sorte que les images que je crée soient plausibles. C'est, comme je l'ai dit, pour cette raison que ma base de travail est photographique. Je m'efforce de garder un aspect réaliste (j'espère y parvenir un jour). Le but est d'emmener les gens dans un monde dérangeant, onirique, un cauchemar en quelque sorte, un lieu familier et étrange à la fois, le monde vu autrement. Je tente donc de soigner au maximum mes visuels, de leur donner une réelle profondeur et un aspect saisissant. C'est peut être en cela que tu y trouves ce côté esthétique.
- Parmi tes inspirations, on sent que l’univers de la BD a joué un certain rôle...
On ne m'avait jamais cité la BD comme référence, c'est amusant. Il est vrai que certains artistes tel que Ashley Wood, Ben Templesmith et bien évidemment Dave McKean officiant dans le monde de la BD et de la nouvelle graphique m'ont influencé, mais ce n'est pas ce que je citerai en premier lieu.
Pour tout dire, j'ai énormément de sources d'inspirations, à commencer par la musique. Des groupes tels que Septicflesh, Arcturus, Chaostar, In Slaughter Natives et bien d'autres... sont de vrais générateurs d'images. Ecouter de la musique au casque, allongé dans le noir, est mon moyen privilégié pour faire travailler mon imagination.
Pour ce qui est de mes références visuelles, des artistes comme Niklas Sundin, Travis Smith, Oleg Paschenko, Alessandro Bavari... ont joué un rôle important. Mais si je ne devais en retenir qu'un, ce serait sans hésiter Seth Siro Anton. Ses créations font vraiment parties de ce qui me correspond le plus visuellement! Il s'agit d'un artiste que j'ai la chance d'avoir rencontré et avec qui je garde bon contact.
Le monde de l'audiovisuel est également une forte source d'inspiration. Comme je l'ai dit précédemment, certains de mes futurs projets seront réalisés en vidéo et en animation. Dans ce domaine, le travail des frères Quay et les clips de Tool, ou certaines vidéos de Chris Cunningham, sont incontournables.
Cependant, pour en revenir à la BD, j'ai pour projet de raconter certaines de mes histoires en utilisant ce support. Un mélange de photographie et de techniques traditionnelles (dessin, peinture...), me plairait énormément et me semblerait approprié. Je ne sais pas encore quand je me lancerai dans ces expérimentations, mais j'y viendrai.
- Y-a-t’il une histoire pour chacune des tes réalisations ?
Tout à fait. Ma formation était en premier lieu axée vers le cinéma. J'ai eu de nombreux cours d'écriture de scénarios. Raconter une histoire me plait autant que de créer une illustration et il est incroyable de voir ce qu'une simple image peut raconter. Par le biais de détails, de symboles, toutes mes images racontent quelque chose, souvent les titres aiguillent également la lecture. J'aime les double sens, les significations cachées, peu importe que l'idée principale ne soit pas identifiée, je laisse la possibilité à chacun de s'inventer sa propre histoire.

- Dire que tu fais de la photo manipulation n’est ce pas (aujourd’hui) réducteur ?
La quasi totalité de mes travaux sont réalisés en manipulation photographique. Je présente quelques travaux liés à d'autres techniques sur ma page myspace, mais il est vrai que pour ce qui est de l'image fixe, j'ai une réelle préférence pour la photo manipulation pour les raisons citées précédemment. Toutefois il ne s'agit que d'un outil, si l'une de mes créations nécessitait un autre procédé afin d'avoir plus d'impact, j'emploierais évidemment celui-ci. Bien que ce ne soit pas encore visible, je tends en ce moment à expérimenter d'autres choses, donc je ne pense pas du tout m'enfermer dans quoi que ce soit, ou réduire mon travail à une simple technique.
- « Tout le monde » fait de la photo manipulation de nos jours. Qu’est ce qui selon toi marques la différence entre les uns et les autres ?
Il est vrai que la photo manipulation a le vent en poupe en ce moment, il s'agit d'une technique relativement récente. On ne peut pas le nier, beaucoup de graphistes font sensiblement la même chose et tournent souvent en rond. Mais pour le moment, je ne me considère pas différent d'eux. Je suis un petit nouveau dans ce domaine, mon niveau technique n'est pas encore au point et je ne pense pas créer des images très originales. Je suis donc constamment en recherche de l'identité graphique qui me correspond, sans être le plus original, simplement me trouver moi même. Je ne me suis pas demandé ce qui faisait la différence entre les graphistes, je ne m'en préoccupe pas vraiment. Pour moi le plus important est de pousser mes travaux le plus loin possible, au plus proche de ce que j'ai en tête. Me faire plaisir, expérimenter, partager ma passion avec d'autres passionnés, sans me poser la question de savoir si c'est à la mode, original ou pas, et si ma nouvelle image va me permettre de devenir la nouvelle star des graphistes. En tout cas, ceux qui attendent de moi que je crée des images avec des poupées gothiques en porcelaine version manga dans un cimetière qui attendent leur prince vampire pourfendeur de dragons vont être salement déçus.
- Tu as réalisé les pochettes de Giktor Velu et Magnify My Agony. Quelle place tient la musique dans ton univers ?
Il s'agit comme je l'ai dit (désolé pour la redite) d'une de mes grandes sources d'inspiration. J'écoute quasiment toujours de la musique, principalement du Métal (death, doom, black...), mais aussi de la musique d'ambiance assez sombre (étiquetée dark ambiant) qui colle tout à fait à mon univers visuel. Du coup, travailler pour des groupes est vraiment un rêve de gosse, même si cela n'est pas toujours évident. Je suis heureux d'avoir réalisé ces deux pochettes car Magnify My Agony et Giktor Velu sont deux très bons groupes français qui feront certainement parler d'eux dans le monde du Métal.


- Comment s’est déroulée ta première commande ? Par un réseau de connaissance ou une commande classique ?
Pour le moment, les quelques pochettes réalisées sont celles d'amis ou provenant de demandes spontanées de groupes qui ont vu mon travail sur le net. Il faut bien l'avouer, les groupes pour lesquels j'ai travaillé se comptent sur les doigts d'une main. Cela dit, si d'autres groupes et labels souhaitent collaborer avec moi et ont une vision de l'image en accord avec la mienne, ce sera avec plaisir. J'ai de nombreux projets en ce moment, mais d'ici peu, je pense aller dans une optique plus professionnelle en ce qui concerne mes travaux personnels. Jusqu'à maintenant, j'étais employé dans des studios d'animation en tant que graphiste 3d, mes illustrations étant plus une passion durant mon temps libre.
- Quelle différence y a-t-il entre le travail pour l’artwork d’un album et celle d’une illustration classique ?
Il y a une différence très importante, c'est que lorsque je travaille sur une illustration personnelle, j'ai... les pleins pouvoirs! Lorsque les membres d'un groupe de musique ne savent pas ce qu'ils veulent ou ont des avis contradictoires, ça peut vite tourner au cauchemar. Ça ne m'est pas vraiment arrivé, mais je sais que certains amis graphistes se sont déjà arrachés les cheveux (et moi je tiens aux miens). Parfois des projets trainent en longueur, enfin, ce n'est pas toujours simple, mais lorsque l'album voit le jour on est content de voir son visuel sur quelque chose de concret.

- Ton patronyme « Treize » vient de quoi ?
C'est court, ça se retient bien, ça sonne pas mal (selon moi héhé) et aussi parce que je suis né un vendredi 13, alors du coup, pourquoi pas Treize. C'est devenu une habitude maintenant pour les gens qui me connaissent, on m'appelle bien plus souvent par ce pseudonyme que par mon vrai nom.
- Actuellement sur quoi travailles-tu?
Beaucoup de choses, des travaux personnels (vidéo, illustration...), j'ai des artworks en court. J'essaie également de faire circuler mon travail auprès de ceux qui peuvent être intéressés. Je prépare mon site (orbscurarium.com), je me présente à droite et à gauche, voilà.
- Le mot de la fin est pour toi.
Je te remercie pour cette interview, c'est une première pour moi. Merci également à tous ceux pour qui mon travail a pu susciter un intérêt. A bientôt dans l'Orbscurarium.
Treize

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